Tous droits réservés.

 

*

Rasoir à triple lames acérées en main, je terminais de me raser. Malgré toutes les babioles qui ajoutaient à mon confort sur Trahjan, j'aimais m'occuper moi‑même de mon rasage quotidien. - Monsieur?

- Oui, Gérard?

- Vous avez un appel, monsieur. De monsieur Yéhead.

- Passe-le-moi, tu veux?

- Bien, monsieur.

Un rayon lumineux jaillit de la poitrine de mon valet, et Broun, mon patron, apparut dans ma salle de bain.

- Je te dérange? questionna-t-il en m'apercevant.

- Non,  mais fais vite. J'ai un rendez-vous.

- Ça te changera des soirées devant ton holoviseur en panne.

- Ha, ha! fis-je, ironique.

J'avais découvert, à mon retour chez moi, que le réparateur d'holoviseur n'était pas encore passé. Mon poste ne m'offrait toujours que les histoires de vampires de la G.O.M. Curieusement, ce sujet m'attirait encore moins qu'avant mon départ en mission.

- J'ai des nouvelles pour toi.

- Vas-y, je t'écoute.

- Da Vernis a tout avoué.

- Avec le témoignage de Rush, il n'avait plus le choix.

- Tu ne m'as pas compris. J'ai dit: TOUT!

Je rinçai une nouvelle fois mon rasoir avant de me tourner vers l'image holographique de mon patron.

- Explique.

- Il est mêlé à un tas de magouilles, dont l'espionnage industriel. Il est le responsable de l'envoi du droïde que tu as trouvé à l'usine d'Yssub. C'est lui aussi qui a ordonné à Brejniaf, le vendeur de Lub-Docks, de tripoter le fameux fichier des acheteurs de yachts.

- C'est tout?

- Non, la liste est longue. Mais je veux juste ajouter qu'il n'est pas responsable de la maladie du comte, comme nous l'avions soupçonné. Il a su, toutefois, en profiter. S'il n'avait pas commis l'erreur d'impliquer ses propres hommes dans l'enlèvement, rien ne l'aurait lié aux événements et il aurait pu s'en tirer. Il lui aurait suffi de laisser le comte se charger entièrement du kidnapping.

Je repris mon rasage, n'ayant rien à ajouter aux conclusions de mon patron.

- Parlant du comte, poursuivit Broun, tu savais qu'il avait porté plainte pour coups et blessures?

Je faillis me trancher la jugulaire.

- QUOI!

- Et pour sévices moraux.

Je n'en revenais pas. Quel toupet!

- Il semblerait que la perte de sa canine lui causerait un préjudice sérieux dans la société gueuhsoise.

- Alors ça, c'est le comble!

- Ne t'emballe pas, Less.

- Tu as raison. Sûrement, avec le témoignage de Tna, il moisira dans quelque trou perdu.

- J'ai bien peur que non, mon pauvre vieux. La société gueuhsoise protège férocement ses aristocrates. Toutefois, il sera confiné à Gueuhse à perpétuité. Si jamais on le surprenait hors planète, il serait immédiatement arrêté et mis au frais. De plus, tous les astroports de l'Alliance ont reçu la consigne: tout engin spatial appartenant au comte est interdit de décollage et d'atterrissage, au cas où il réussirait à tromper l'astroport de Gueuhse.

Par Doublezérosept, patron des espions! C'était une sanction bien peu sévère pour kidnapping, séquestration, morsure et transfusion sanguine illégale. À mon avis, il méritait qu'on lui casse toutes les dents et que l'on brûle sa garde-robe pour crime contre le bon goût.

- Je te laisse finir de te raser, Less, avant que tu ne te blesses sérieusement. Comment peux-tu utiliser un machin aussi barbare?

Il faisait référence à mon rasoir. Je me tins coi.

- Bonne soirée quand même, don juan.

Il avait raison. Je devais oublier da Vernis, le comte et toute cette histoire pour me consacrer à l'agréable soirée que j'allais passer.

Je m'adressai un grand sourire satisfait, après la grimace engendrée par l'application de la lotion après‑rasage. Voilà, voilà! J'étais mignon tout plein pour mon souper chez le ministre des Finances. En effet, celui‑ci m'avait invité pour me remercier de lui avoir ramené sa fille chérie saine et sauve. J'en étais fort aise. J'aurais plaisir à revoir Tna.

*