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Chapitre 12

 

 

Le Coup de pot filait sur le chemin du retour. J'aurais dû me sentir soulagé - après tout, je ramenais la fille du ministre et nous avions échappé aux sbires du comte ), pourtant, je n'étais pas tranquille. J'avais la nette impression qu'il manquait une pièce au casse-tête.

Installé dans le poste de pilotage - j'avais prêté mes quartiers à Tnarshalla pour le voyage; elle avait grandement besoin de récupérer, la petite ), j'écoutais les milliers de voix que Gus avait enregistrées au moment du départ, espérant en reconnaître une. Ma tâche aurait été plus facile si Gus avait pu enregistrer l'image holographique de chacun des messages en même temps que le contenu audio. Malheureusement, la vidéo holographique prenait énormément d'espace-mémoire.

Alors que, atteint d'une écoeurite aiguë, j'allais faire taire mon instinct d'agent à coups de pied, je reconnus l'accent chantant de la nouvelle voix qui s'élevait des haut‑parleurs de la cabine de pilotage. Nul doute, il s'agissait de l'interlocuteur du comte, du chef de la bande des longs couteaux, de l'homme au chapeau mou!

- Gus! m'écriai-je, soudain lavé de toute fatigue. C'est lui! C'est lui! Le type au chapeau mou! Repasse ce bout d'enregistrement, tu veux?

- Qu'est-ce qu'on fait, Patron? demandait le chef des longs couteaux. Strade s'est montré plus malin qu'un singe du Pénal. Il est parti avec la fille et s'est arrangé pour clouer le Sanguin au sol.

- Comment ça?

J'eus la surprise de ma vie. La voix de l'interlocuteur du bandit n'était pas du tout celle du comte. Qui était donc ce « Patron » à qui le type au chapeau mou se référait?

- Il a lancé les autorités de l'astroport à l'assaut du yacht, racontant qu'on y faisait le trafic du sang, poursuivit Chapeau mou.

Le « Patron » lâcha un juron qui faillit me jeter en bas de mon fauteuil: un juron typiquement trahjanais.

- Débrouillez-vous, Rush! L'agent et la fille doivent disparaître! Vous m'entendez?

- Non! murmura quelqu'un, derrière moi, en sanglotant.

Je pivotai sur mon fauteuil. Crash! Tna se tenait près de l'entrée du poste de pilotage, plus pâle qu'une Gueuhsoise. Elle avait bien besoin de cela! En larmes, elle s'enfuit et se réfugia à nouveau dans mes quartiers.

Je m'élançai à sa suite.

Tnarshalla était étendue sur mon lit, le visage enfoui dans mon oreiller, secouée de sanglots. Je m'approchai, m'assis près d'elle, la relevai, remarquai alors le contraste que faisait ma main noire sur sa peau blanche, et décidai qu'il valait mieux qu'elle mouille ma chemise plutôt que de se noyer dans ses larmes.

- Allons,  ne  le  prenez  pas  si mal. Vous savez bien que je ne les laisserai pas faire.

- Vous ne comprenez pas, hoqueta-t-elle.

Je levai un sourcil, perplexe.

- Qu'est-ce que je ne comprends pas?

- Celui qui a ordonné de nous éliminer...

- Oui? Vous le connaissez?

- C'est mon amant!

- Da Vernis?

La jeune femme me repoussa doucement et me regarda tout en séchant ses yeux.

- Vous saviez?

Je souris, mal à l'aise.

- Vous avez été discrets, dis-je, mais nos services sont plutôt efficaces. Quand on vous a enlevée, nous avons fait une enquête approfondie. Vous comprenez, il fallait découvrir qui avait des raisons de vous vouloir du mal. Nous avons soupçonné da Vernis jusqu'à ce que nous apprenions la maladie de Ratula... Mais, de toute évidence, Ratula n'était pas le cerveau de l'opération. Da Vernis a probablement voulu vous faire enlever pour faire pression sur votre père. Son enquête doit le déranger royalement.

La jeune femme se redressa bien droite et ses yeux lança des éclairs.

- Jamais je ne laisserai un homme me démolir, affirma-t-elle. Il va me payer ça!

Elle avait du caractère, la petite. Il était clair qu'elle ne démordrait jamais. Si je la laissais faire, elle risquait de se replonger dans les ennuis à n'en plus finir. Valait mieux l'inclure dans mes projets. Ainsi, je pourrais garder un oeil sur elle.

Avec Gus, nous passâmes les deux heures suivantes à mettre au point un plan d'action.

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